Christian Dior et le New Look

Dans l'histoire de mode, Christian Dior (1905-1957) est une figure incontournable. Son tourbillon de jupes rallongées, de tailles serrées, de mètres et de mètres de tissu fait le tour du monde. Alors que l'Amérique est furieuse, criant au scandale face à la disparition du fameux "padding" (fausses épaulettes), à la sortie du défilé, Carmel Snow, la directrice de Harper's Bazzar, répond à un reporter de la BBC : "Que Dieu veuille secourir ceux qui ont acheté avant de voir la collection de Christian Dior! Il est génial! Il a tout changé. C'est le New Look." Collection Christian Dior 2013

Les débuts de Dior

Après la seconde guerre mondiale, la veille de donner sa réponse au grand industriel textile Marcel Boussac pour l'ouverture d'une maison de couture à son nom, sur le trottoir de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, un objet métallique attire le regard de Christian Dior. C'est un écrou de roue de fiacre en forme d'étoile, très superstitieux, il y voit un signe. Le lendemain il dit oui à Marcel Boussac. Cette étoile est depuis reproduite en or pour être remise à tous les collaborateurs de la maison de couture ayant plus de vingt ans d'ancienneté. Christian Dior tout nouveau venu dans la mode, utilise des métrages d'étoffes hallucinants (23 mètres pour une robe du soir) , bouleverse tous les codes en usage jusqu'à sa mort, dix ans plus tard. Il a 42 ans. La France manque de tout? Il choisit l’exagération, l'opulence. Quelques Américains réfractaires tournent au ridicule "Corolle", le nom de baptême de cette collection que Paris veut imposer aux femmes. Des jeunes filles de Dayton, dans l'Ohio, crée l'association "Anti-jupes longues" aux méthodes radicales : elles raccourcissent aux ciseaux les jupes trop longues des traîtres qui suivent le diktat de la mode parisienne...Mais l'engouement est plus fort. Dior triomphe! La robe "Corolle" de la collection éponyme est en laine, sans col et fermée par cinq gros boutons à l'avant du corsage. La jupe dissimule plusieurs jupons, comporte un pan de tissu uni en son centre, tandis que le reste est plissé très serré. Pour la première de son film Gilda, Rita Hayworth porte la robe "Soirée" de la collection "Corolle" de Dior, arborant une jupe bleu marine plissée sur deux niveaux. En 1947, seules les stars ou les riches clientes peuvent s'offrir les extravagances de Christian Dior. L'heure est encore à l'austérité et à la restriction. Ancienne collection Christian Dior

La force de Christian Dior : l'inspiration

La pergola recouverte de rosiers grimpants de la propriété familiale à Granville inspira peut-être à Christian Dior son sens de la coupe, son art des plissés géométriques, la délicatesse de son nœud Fontanges et son goût pour le détail. Comme cette rose en organdi, en 1947, sur le décolleté de sa robe "Ispahan", reproduite par le célèbre illustrateur de l'époque René Gruau, pour la revue Adam. Une rose encore magnifiée par Yves Saint Laurent qui lui succédera en 1958 et vénérée plus tard par Galliano, l'ancien élève de Central Saint Martins. Fasciné déjà par les déguisements et le grand carnaval de Granville, le jeune Christian ne rate pas une occasion de peindre un motif sur un tissu : le pied-de-poule par exemple qui ornera le coffret ovale et le flacon de son premier jus, Miss Dior. Ce tissu d'homme, utilisé pour ses premières créations chez Robert Piguet, alors couturier parisien en vogue, puis pour son ensemble "Aventure" du printemps-été 1948, sera ensuite décliné par ses héritiers. Épris de Paris, sa nouvelle terre d'adoption, Christian Dior en admire son architecture implacable. La Tour Eiffel lui inspire en 1955 sa ligne "A", les coupoles de Paris sa collection "Y" (1955-1956) et l'obélisque de la place de la Concorde devient son modèle pour le premier flacon de Miss Dior, une amphore façonnée en cristal, griffée Baccarat. Depuis son tailleur "Bar", aux épaules menues, à la taille serrée, aux hanches arrondies et surtout avec une jupe à l'ampleur démesurée, créé en 1947, ses lignes donnent le vertige. La ligne "S" en 1950 légèrement esquissée et soulignée par une étroite veste trois-quarts, rivalise la même année avec la ligne "Verticale" où les vestes très serrées ont un décolleté très profond en fer à cheval et de courtes basques qui tombent sur les hanches. Deux ans plus tard, la ligne "Profilée" retrouve la forme en sablier originale si chère au couturier dont il invente une variante en 1954 en optant pour une jupe plissée qu'il baptise la ligne "Muguet". Un changement étonnant en 1956 avec la ligne "Talon boule" dont la jupe s'enfile comme un gros ballon. Sa dernière collection, réalisée très peu de temps avant sa mort, est une ligne "Fuseau" avec une robe fourreau sans taille que surmonte un haut très carré.    

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